La maternité en danger ?

Lucetta Scaraffia, historienne italienne et journaliste, dirige le mensuel féminin Donne Chiesa Mondo (Femmes Église Monde) [1]. Dans son essai, La Fin de la mère, paru en mars, elle dénonce un bouleversement anthropologique en jeu actuellement : l’éclipse de la maternité.

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Lucetta Scaraffia, historienne et journaliste, est consulteur au Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation
© Laurence Faure

Paris Notre-Dame – Vous revenez, dans votre essai, sur les conséquences néfastes de la révolution sexuelle des années 1970 sur la maternité. Pourquoi ?

Lucetta Scaraffia – Le mouvement féministe de 1968 a eu le mérite de sortir la femme d’un carcan moral, sexuel et social. Mais il y a eu un grave dommage collatéral : le féminisme dominant des années 1970 a voulu baser l’égalité des sexes sur le droit à l’avortement et à la contraception. Les femmes, symboliquement et physiologiquement, se sont dégagées de leur lien intrinsèque à la maternité, qui constitue pourtant pour elles un pouvoir unique et magnifique : celui de procréer. Depuis, la maternité est devenue un objet de défiance, avant d’être une joie. Au nom de l’égalité et de la liberté sexuelle, s’est ainsi forgé un modèle de société masculin où la femme contraint son propre corps à effacer son empreinte maternelle, pour s’assimiler aux hommes.

P. N.-D. – En quoi la question de la « filiation sociale », débattue actuellement en France dans le cadre des États généraux de la bioéthique, contribue-t-elle à « effacer » la maternité ?

L. S. – Les débats actuels autour de l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes ; la gestation pour autrui (GPA), qui concerne des ressortissants de plusieurs pays occidentaux, de manière directe ou indirecte ; ou encore l’utilisation du mot « parent » pour remplacer ceux de « père » et de « mère », posent la question cruciale du devenir de la maternité. Peut-on la rendre accessible à tous au nom de désirs d’adultes et d’un droit improbable à l’enfant ? Lors d’une GPA, si nous créons trois mères artificielles : la commanditaire, celle qui donne ses ovocytes et celle qui loue son utérus, que se passe-t-il ? La maternité et sa puissance créatrice naturelle n’existent plus. La réalité – terme que j’oppose dans mon essai à l’idéologie –, c’est que les femmes portent en elles le mystère de l’origine humaine, qu’elles incarnent. Si les liens les plus sacrés, ceux qui unissent physiologiquement, psychologiquement, génétiquement, une mère à son enfant dans le processus de gestation, deviennent marchands, mécaniques ou juridiques, notre société perd le sens de la relation humaine. La maternité engendrée par la différence sexuelle est l’expérience par excellence du don totalement gratuit, sans retour, absolu, qui fonde depuis toujours notre modèle de générosité et de solidarité humaine. Le risque est grand de perdre notre juste appréciation de l’expérience la plus troublante et la plus originale qui soit. Rien ni personne ne remplace une mère.

P. N.-D. – Peut-on réconcilier féminisme et maternité ?

L. S. – Oui, et c’est le bon moment pour en parler. En posant de nouvelles questions, sans moraliser : quels sont les vrais désirs des femmes ? Peut-on valoriser la maternité en collaboration avec les hommes ? Si l’Église ne l’a pas toujours bien expliquée et mise en pratique, la culture chrétienne porte cette question : étant tous enfants de Dieu et égaux devant Lui, les différences existantes ne remettent jamais en question notre égalité constitutive d’hommes et de femmes.

Propos recueillis par Laurence Faure

[1Ce mensuel est un supplément de L’Osservatore Romano, publication officielle du Vatican.

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