L’Église
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À Paris

« Le Soulier de satin, un tournant important »

Le pape Benoît XVI, pour qui la langue de Molière n’a aucun secret, éprouve une très ancienne amitié pour la France, sa culture et ses théologiens. Le 11 mai 1998, il en a témoigne lorsqu’il a reçu les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur, à l’Ambassade de France près le Saint-Siège.

En cette heure où les mots me manquent, je ne puis que dire du fond du cœur merci : merci au Président de la République française, qui m’a nommé Commandeur de la Légion d’honneur, merci à vous, Monsieur l’Ambassadeur et à vous, Madame, pour votre amitié et pour votre engagement. Je n’aurais jamais rêvé de l’honneur et du bonheur de me trouver lié d’une manière si réelle et si profonde à la grande tradition culturelle et spirituelle française, J’ai toujours été, dès ma jeunesse, un admirateur zélé de la « douce France ». Dans une Allemagne détruite et humiliée par suite de la Guerre, le premier drame que j’aie vu était Le Soulier de satin de Paul Claudel. C’était à un tournant important de ma vie. Le symbolisme de l’amour et du renoncement, de la fécondité du renoncement, de la grâce divine dans la faiblesse humaine s’était transformé pour moi en un message très personnel, en une indication fondamentale du chemin de vie que je devais prendre. Nous avions alors commencé à lire les grands écrivains français contemporains : Bernanos, Mauriac, Péguy, mais aussi des « laïcs » comme Anouilh et Sartre. En ce temps-là, les frontières de l’Allemagne étaient encore fermées, mais en 1948, nous avons connu le livre surnaturel du Père Henri de Lubac : ce livre, avec sa nouvelle anthropologie, avec sa profonde sensibilité pour l’homme moderne et sa profonde fidélité au vrai message de la foi chrétienne, était pour nous un événement. Il nous ouvrait une nouvelle vision du monde et présentait une nouvelle synthèse entre modernité et tradition. Un peu plus tard, j’ai découvert aussi d’autres théologiens français comme Congar, Daniélou, Chenu : ma pensée s’est charpentée au contact avec ces maîtres en qui je trouvais une synthèse exemplaire entre spiritualité et sciences, entre intuition et rigueur méthodologique.

Pour moi, le grand moment, c’était celui où il m’a été donné, pour la première fois, au Concile, en 1962, de saluer le vénéré Père de Lubac, et j’étais stupéfié par l’humilité. et la cordialité avec laquelle ce grand homme saluait le jeune théologien allemand obscur que j’étais. Le Père de Lubac était un des inspirateurs courageux de la résistance en France pendant la guerre. Il avait lutté contre une idéologie du mensonge et de la violence, mais pas contre un peuple. Cette résistance portait en soi la vraie force de la réconciliation : l’humanisme chrétien, basé sur l’universalité et la force unifiante de la vérité. La vérité est aussi un glaive contre le mensonge dans l’Église et hors de l’Église, avant et après le Concile. Mais il était surtout l’homme de la paix et de la fraternité dans l’amour du Christ. Pour moi, l’amitié avec le Père et le Cardinal de Lubac, mûrie pendant le Concile, et à l’occasion des temps de travaux communs au sein de la Commission théologique internationale, est un des plus grands dons que j’aie reçu dans ma vie. Ce grand chrétien était pour moi l’incarnation de l’humanisme chrétien authentique, capable de fonder une Europe dans la communion fraternelle avec tous les continents. Le cardinal de Lubac s’imposait à moi comme l’incarnation de la noble France et un modèle parfait de savoir-vivre évangélique. Je félicite la France pour ces grandes personnalités, je remercie la France pour le don de sa culture humaniste. J’espère que nous tous, nous pouvons contribuer à former une Europe pétrie des grandes valeurs de sa tradition chrétienne, pour barrer la route aux tentations idéologiques de tout genre. Merci encore une fois pour l’honneur d’appartenir à la Légion d’honneur. Vive l’amitié entre la France et l’Allemagne. Vive la France !

+ Joseph Cardinal Ratzinger
(Source : www.france-vatican.org)

Le drame mystique de l’amour infini

« Testament sentimental et dramatique », à la fois « somme » et « reflet » des drames antérieurs, Le Soulier de satin est l’œuvre majeure où l’auteur affirmait qu’était rassemblé l’essentiel de sa vie, de son art et de sa pensée. Commencé en 1918, au retour de l’ambassade au Brésil, poursuivi au Danemark et au Japon, où le 3e acte a été perdu lors du tremblement de terre du septembre 1923, le drame est achevé en 1925.

Le Soulier de satin est d’abord un drame d’amour où Claudel, à l’issue de ses « retrouvailles » avec l’inspiratrice de Partage de Midi, tentait de trouver « l’apaisement », « la résolution », « l’explication » et « la conclusion » de sa propre aventure. Rodrigue, le héros du Soulier de satin, est passionnément amoureux d’une femme mariée, Prouhèze, à laquelle il devra renoncer. Celle-ci, après la mort de son mari épousera Don Camille, un officier qui la tient à sa merci, et refusera de se donner à Rodrigue, à la fois pour ne pas être infidèle au sacrement du mariage et pour ne pas décevoir la passion d’un amant dont le désir infini ne saurait tolérer de limites humaines. Ne pouvant être « son paradis », elle sera « sa croix » ; ne pouvant « lui donner le ciel », elle saura « l’arracher à la terre ». Son sacrifice et sa mort contribueront au salut de Camille et de Rodrigue, auquel il sera donné de connaître, au prix d’un dénuement complet, la « délivrance » et la joie parfaite. Le drame sentimental est icône du drame mystique : l’amour infini se fait péché pour sauver l’homme.

Le cardinal Joseph Ratzinger

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