Sur les routes de la charité

À 61 ans, Benoit Rouquayrol a une belle carrière à l’international derrière lui. Et, devant lui, les routes de Paris. Depuis le début du confinement, il participe, bénévolement, à la distribution de paniers repas aux plus précaires dans les paroisses de Paris.

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Benoit Rouquayrol (à gauche) s’apprête à prendre la route.
© D.R.

L’emploi du temps est millimétré. Il faut aller à la Banque alimentaire « chercher ce qui est récupérable ». Compléter par des achats – thon, sardines, couverts en bambou… – dans une grande enseigne de distribution, aller chercher des repas préparés par des restaurants ou traiteurs, faire un détour par telle mairie pour recevoir des palettes de jus d’orange, s’arrêter dans tel magasin pour récupérer des packs d’eau, remplir les voitures (ou camions) à bloc et se diriger vers l’institution scolaire Stanislas (6e). Là, des dizaines de bénévoles s’affairent pour constituer des paniers repas – plus de 1500 par jour – qui seront distribués dans près de quatorze des vingt-huit paroisses de Paris sélectionnées par le vicariat pour la Solidarité [1]. C’est la course. Entre 11h et midi, les bénévoles des paroisses viennent récupérer ces sacs pour les distribuer aux personnes dans le besoin. Benoit Rouquayrol décharge donc son break, rentre chez lui à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) pour le déjeuner. Puis repart en début d’après-midi, pour continuer sa mission. Benoit Rouquayrol a 61 ans. Marié, père de quatre enfants, il est en pré-retraite, après avoir accompli une belle carrière à l’international pour des grands groupes de cosmétique. Depuis le début du confinement, il occupe son temps à alimenter les paniers repas à destination des plus démunis. Tout est parti de l’appel à la solidarité, lancé par l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit. « J’ai tout de suite compris que certains seraient confrontés à de réelles difficultés, se souvient-il. Qu’il y aurait un gros besoin de rendre service. Et puis, égoïstement, je me suis dit que je ne pouvais pas rester confiné à la maison avec femme et enfants. J’ai donc répondu présent. » Membre des Chevaliers de Colomb (organisation catholique de bienfaisance), engagé pendant de longues années dans le scoutisme, actif au sein de sa paroisse, Ste-Odile (17e), pour laquelle il fait régulièrement de menus travaux, Benoit Rouquayrol a l’habitude et le sens du service. Mais il l’avoue simplement « le charity business, c’est pas vraiment [son] truc ». Ne « sachant pas trop à quelle sauce il va être mangé », il propose cependant son aide, sans conditions. Le vicariat pour la Solidarité lui transmet un besoin de chauffeur. Sa mission, dans un premier temps, est de récupérer les paniers repas confectionnés aux Grands Voisins pour les distribuer aux paroisses. Puis, à mesure que l’initiative de Stanislas prend de l’ampleur, d’apporter divers produits et repas à l’institution scolaire. Au fil des jours, Benoit Rouquayrol découvre tout un monde. Celui de la précarité. Le maillage associatif d’abord. « Ces gens supers qui ont le sens du service ». Et puis, les visages de ceux dans le besoin. « Toutes ces personnes très fragilisées désormais par cette crise. » Il s’étonne de leurs parcours, de leurs situations de vie. « Très peu d’entre elles vivent dans la rue, explique-t-il. Beaucoup ont perdu leurs petits boulots. » C’est le cas de cet homme qui, dans un restaurant, était rémunéré aux pourboires. Il y a des enfants, aussi. « C’est très émouvant », confie-t-il. Benoit Rouquayrol réalise qu’il a beaucoup de chance, se sent utile. Son regard a peut-être changé. Trop tôt pour le dire. « Chaque fois que je rencontre quelqu’un, je me dis que cela peut être le Christ, raconte-t-il. Je me le disais aussi auparavant. Mais peut-être que je le réalise davantage aujourd’hui. »

Isabelle Demangeat @LaZaab

[1La liste est disponible sur le site paris.catholique.fr

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