Un repas, « mais pas seulement »

Si les distributions alimentaires n’ont pas cessé avec le nouveau confinement, le nombre de bénéficiaires a explosé. C’est ce que constatent sur le terrain les associations et les paroisses. À St-Ambroise, cinq jours par semaine, des centaines de personnes se pressent pour un repas chaud et pour échanger autour d’un café.

Distribution alimentaire à Saint-Ambroise.
Distribution alimentaire à Saint-Ambroise.
© Priscilia de Selve

Ils sont déjà une trentaine à patienter sagement devant les grilles du petit jardin qui fait face à l’église St-Ambroise (11e). En ce samedi matin, un pâle soleil d’automne éclaire la place qui jouxte l’église. Il ne suffit pas à réchauffer l’atmosphère. « Vous n’avez pas trop froid ? » À la question de Philippine, bénévole, Alain, un habitué, répond par un hochement de tête. Alain a 84 ans et vit dans la rue, « dans les bois », précise Rémi à ses côtés. Comme lui, il vient chercher ici un repas chaud, préparé et servi par les Sœurs missionnaires de la Charité. En temps normal, elles en distribuent 200 par jour. Mais depuis le reconfinement, le nombre de bénéficiaires a explosé et les sœurs ont dû demander de l’aide à la paroisse voisine. « Nous distribuons aujourd’hui près de 500 repas par jour, les lundis, mardis, mercredis, samedis et dimanches », explique le P. Pascal Nègre, curé de St-Ambroise. Chaque matin, dès 7h30, une dizaine de bénévoles, recrutés par la paroisse, donnent un coup de main aux sœurs pour préparer les repas, dont un plat chaud. Les sacs sont ensuite transportés en camionnette sur le parvis de St-Ambroise, où la distribution a lieu. Ce samedi matin, ce sont Quentin et Pierre qui orchestrent le ballet bien réglé de la trentaine de bénévoles présents. Quentin est étudiant, logé au presbytère, Pierre lui a 37 ans. Autour d’eux, on s’active pour que tout soit prêt : tables, gel hydroalcoolique et liste avec les numéros de ceux qui se sont inscrits pour cette distribution. « Nous avons près de mille personnes sur cette liste, précise Quentin. À chacune, nous distribuons une carte, ce qui nous permet de vérifier que personne ne passe plusieurs fois. » Félix vient de recevoir son sac. Il arbore un grand sourire et de belles chaussures en cuir aux pieds. Félix ne vit pas dans la rue, il est même propriétaire de son studio, explique-t-il, mais le confinement lui a fait perdre le petit boulot qui lui permettait de manger. Alors, chaque matin, Félix vient ici pour un repas, « mais pas seulement. Pour parler aussi ». Quand on lui fait remarquer combien il est élégant, il sourit : « C’est pas parce qu’on demande de l’aide qu’on ne doit pas faire attention à soi. Moi j’ai été éduqué comme ça. À pas se laisser aller. » Samira, elle, a plus de mal. Cette jeune femme, photographe, aujourd’hui au RSA, est menacée d’expulsion. Elle découvre la distribution, a besoin de parler. Philippine lui suggère de revenir l’après-midi même, pour discuter avec les prêtres présents, ou même tout simplement pour se poser dans l’église. « C’est une bonne idée », sourit-elle. De Mickael, on ne voit que les grands yeux bleus, les dreadlocks qui dépassent de son col et le sourire dessiné sur son masque. À son cou, un grand Christ en croix. Lui aussi vient chercher ici plus qu’un repas. Il récupère un masque, un rasoir et de quoi se doucher. « Je peux avoir deux doses de gel douche, demande un petit monsieur, la cinquantaine, on est deux précise-t-il, avec ma femme. » Chaque semaine, avec d’autres bénévoles, Philippine fait le tour des pharmacies de son quartier, dans le 15e, pour collecter ces précieux échantillons de shampoing, de dentifrice et de gel douche. À la table d’à côté, on distribue le café. Devant le parvis, certains s’attardent pour discuter. Le soleil brille toujours. Un homme, la trentaine, sourit à la sœur qui lui tend un petit sac. « Merci ma sœur. À demain ! »

Priscilia de Selve @Sarran39

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