À propos de la crise de la transmission

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P. Antoine de Romanet, codirecteur du département Société, Liberté, Paix du Collège des Bernardins, curé de la paroisse Notre-Dame d’Auteuil.
© D. R.

P. N. -D. – Tous les ans, l’Archevêque de Paris et le Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris proposent le cycle « Droit, Liberté, Foi » pour réfléchir aux questions de société qui se trouvent à l’intersection du droit, de la morale, de la politique et de la religion. Quel sera le thème du cycle de cette année ?

P. A.R. – « La Transmission est-elle en crise ? ». Ce thème sera abordé début octobre au Collège des Bernardins lors de trois soirées qui déclineront chacune un aspect différent de cette question. La première soirée sera consacrée aux enjeux théologiques et juridiques d’une crise de la transmission des valeurs, au cours de laquelle interviendront le Cardinal André Vingt-Trois, Jean Duchesne, exécuteur littéraire du Cardinal Lustiger, et Olivier Échappé, conseiller à la Cour de Cassation. La seconde traitera de la transmission et de la famille avec le pédopsychiatre Pierre Levy-Soussan, le professeur de droit Laurent Aynès et le bâtonnier désigné de l’Ordre des avocats de Paris, Pierre-Olivier Sur. Enfin une dernière soirée traitera des perspectives économiques de la transmission avec Christiane Feral-Schuhl, bâtonnier de Paris, Michel Rollier, longtemps à la tête de Michelin et Elisabeth Grosdhomme Lulin, spécialiste de prospective. Toutes ces conférences s’adressent aux avocats et aux praticiens du droit, mais aussi beaucoup plus largement à tous ceux qui sont intéréssés par le thème, qui cette année encore se révèle passionnant .

P. N. -D. – Quels sont les signes d’une crise actuelle de la transmission ?

P. A.R. – Les sociétés occidentales contemporaines semblent préférer, à la suite de Descartes, une forme de mise en doute solitaire de tout ce qui est transmis, plutôt que de se mettre à l’école d’un maître et à l’écoute des traditions. Elles semblent avoir perdu confiance en l’idée, simple et fondatrice, selon laquelle chacun est appelé à devenir le chainon d’une longue histoire, commencée bien avant lui, et destinée à se poursuivre après lui. Or, la démission de l’acte de transmettre, au nom d’une « autonomie » du sujet, conduit à confondre l’exercice de penser par soi-même avec le fantasme d’une sorte d’auto-fondation de chacun par lui-même. Cela se traduit par le triomphe dans les facultés de droit du positivisme juridique et de l’individualisme libéral. Fondée sur l’idée de génération, la famille doit de son côté composer avec une crise de l’autorité (de « augere » : faire croître). Le père doute de son aptitude à « augmenter » le fils, et inversement, le fils doute de la capacité du père à l’ « augmenter ». Le « Mariage pour tous » pose une question forte : Que devient la transmission qui renonce au facteur opératif symbolique de la naissance ? On ne transmet plus le sens des mots lorsque les mots n’ont plus de sens. Certains mots qui étaient des valeurs refuges n’ont plus de valeur : ainsi de « parentalité » ou de « parent ». Et finalement la dilatation des droits subjectifs, la notion de « droit à », met l’idée de transmission en porte à faux, dissous l’ordre social et alimente le narcissisme, puisqu’ils s’arrêtent à la personne qui en est le titulaire.

D’autres signes sont visibles dans l’économie, avec le bouleversement du numérique : la transmission se fait de manière collaborative et gratuite (Wikipedia, Facebook, Google…) dans une dynamique de substitution (copier-coller-retoucher, où la copie se mixte avec l’original d’une façon qui devient impossible de démêler…), de déperdition (pillage, transformation…) et de mondialisation (mémoire, droit à l’oubli, contrôle des données…) qui touchent le droit et lui imposent de s’adapter en permanence, en courant bien souvent derrière ces technologies en perpetuelles mutations.

Parallèlement l’entreprise vit elle aussi une crise des valeurs. Elle est soumise aux marchés financiers, aux actionnaires, aux concurrents… qui entrainent une crise de confiance. Comment la restaurer ?

P. N. -D. – Existe-t-il néanmoins des éléments positifs à voir la notion de transmission évoluer ?

P. A.R. – En un certain sens ce n’est pas tant la transmission qui est en crise que le concept de transmission a changé. La transmission fait désormais davantage appel à l’échange et à la réciprocité pour favoriser l’enrichissement collectif. Si traditionnellement, la transmission était un mouvement du haut vers le bas, des parents vers les enfants, nous assistons aujourd’hui à une transmission à rebours : pensez à ces petits-enfants qui transmettent à leurs parents ou grands-parents des notions d’informatique ! La verticalité est en crise au profit de l’horizontalité. Tout ceci met en cause pour les années à venir les notions de responsabilité, de propriété et de liberté... A nous de faire en sorte que cela soit pour le meilleur ! • Propos recueillis par Eric de Legge

Le 16ème cycle de conférences Droit, Liberté et Foi voudrait vous inviter à réfléchir sur ces questions centrales sous la co-présidence du Cardinal André Vingt-Trois, de Christiane Feral-Schuhl, bâtonnier des avocats à la Cour d’Appel de Paris, de Pierre-Olivier Sur, bâtonnier désigné et de Thierry Massis, avocat AMCO.
- Les 2, 9 et 16 octobre au Collège des Bernardins.

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