Enseignement catholique : quelle ambition ?

L’Enseignement catholique est confronté aujourd’hui à un défi majeur : faire travailler ensemble des prêtres et un corps enseignant au sein duquel les catholiques sont minoritaires. Pour le P. Laurent Stalla-Bourdillon, enseignant depuis douze ans à l’Institut supérieur de formation de l’Enseignement catholique – Île-de-France (ISFEC), cela passe par une redéfinition de la mission de l’école.

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Enseignant depuis douze ans à l’Institut supérieur de formation de l’Enseignement catholique – Île-de- France (ISFEC) et au Collège des Bernardins, le P. Laurent Stalla-Bourdillon dirige, depuis septembre 2018, le Service pour les Professionnels de l’Information
© Yannick Boschat

Paris Notre-Dame – Comment faire travailler ensemble aujourd’hui laïcs et prêtres au sein des établissements catholiques ?

P. Laurent Stalla-Bourdillon – L’enjeu est d’abord de redéfinir la mission de la communauté éducative. Sur quoi porte l’ambition de l’Enseignement catholique ? Quelle est sa responsabilité éducative et spirituelle ? C’est de ce point qu’il faut partir. Tous peuvent prendre part à cette oeuvre si chacun est aidé à s’approprier cette finalité commune. Sans cela, les responsabilités de chacun deviennent concurrentes et des tensions peuvent apparaître.

P. N.-D. – La difficulté ne vient-elle pas du fait qu’on se focalise sur la transmission des connaissances et non sur l’éducation des élèves ?

L. S.-B. – La mission de l’école est double : elle doit mettre en œuvre les programmes et transmettre des connaissances. Mais elle possède aussi une finalité plus profonde. Le processus d’apprentissage chez un élève repose sur l’utilisation des connaissances acquises, afin qu’il puisse se former une représentation du monde. La transmission des connaissances n’est donc qu’un moyen, au service d’une finalité plus profonde. Celle d’accompagner l’élève dans l’élaboration de ce qu’il apprend, en lui donnant du sens. Lui permettre de comprendre ce qu’il apprend. C’est un processus qui s’initie à l’école mais qui ne s’arrête jamais. La mission de l’Enseignement catholique, en vertu de notre conception particulière de l’être humain et de l’Incarnation, est de rappeler que nous vivons de paroles et que nous sommes appelés à concevoir le Verbe de vie.

P. N.-D. – Comment faire partager ce projet éducatif à des enseignants dont une grande partie n’est plus croyants ou même catholiques ?

L. S.-B. – Rappelons que nous ne choisissons pas les enseignants lauréats qui intègrent nos établissements. Si 20% environ de ceux-ci sont catholiques, l’immense majorité ne l’est pas. Que savent-ils de nos écoles et de la foi ? Pour qu’ils adhèrent à notre projet éducatif, il faut d’abord leur présenter. C’est ce que nous faisons à l’ISFEC (Institut supérieur de formation de l’Enseignement catholique). Tout en leur donnant les compétences didactiques, nous exposons aussi les enjeux spirituels de l’école. Se pose aussi la question de la place de l’aumônier. À une époque où les enfants désertent le catéchisme, nous avons trop tendance à vouloir transférer sur l’école la responsabilité pastorale de la catéchèse paroissiale. C’est une erreur, car l’école et la paroisse n’ont pas la même mission. Là se joue la responsabilité du chef d’établissement, à la fois garant de la bonne marche de son école et responsable de sa pastorale. Le prêtre, lui, a la capacité de nommer, dans l’enseignant – qu’il soit catholique ou non –, ce qui ressort de la sacramentalité de la personne. Benoît XVI le rappelait [1] : Dieu peut parler dans notre humanité, que l’on croit en lui ou pas. La présence des prêtres, engagés à des degrés divers, est une grande chance car ils vont aider chacun à accomplir sa mission éducative. En retour, le chef d’établissement aidera l’équipe enseignante à recevoir dans la figure du prêtre le signe d’un don, celui de la grâce, donnée par Dieu.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

[1Benoît XVI, Collège des Bernardins, 12 septembre 2008.

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