« Être prêtre », avant tout

Il est connu pour son charisme de pasteur, sa bienveillance, son humilité, son humour, aussi. Mgr Philippe Marsset, vicaire général, administrateur de N.-D. de Clignancourt (18e) jusqu’en juin, a été nommé, samedi 18 mai, par le pape François, évêque auxiliaire de Paris. Il confie son étonnement et sa confiance, inébranlable, en celui qui l’a appelé il y a plus de trente ans au sacerdoce.

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© Yannick Boschat / Diocèse de Paris

Paris Notre-Dame – Il y a près de six mois, vous receviez, avec « surprise et gêne », votre nomination de vicaire général. Comment avez-vous accueilli cette nomination d’évêque auxiliaire ?

Mgr Philippe Marsset – J’ai reçu, lundi 13 mai, cet appel avec appréhension. Je ne me sens pas forcément équipé pour le ministère d’évêque. Je suis alors allé à la chapelle de la nonciature pour pouvoir discerner. Sept minutes plus tard, j’ai ouvert les yeux. J’étais dans la paix. Mon regard s’est dirigé vers cette mosaïque représentant Pierre se jetant à l’eau pour ramasser le poisson. Cela a été pour moi une image de la confiance que je devais adopter. Je me suis dit que c’était le Seigneur qui m’appelait et non l’institution. Qu’il le faisait non pour mes qualités, non pour mon courage mais en se reposant sur le « oui » prononcé lors de mon ordination sacerdotale. Ce jour-là, j’ai donné ma vie à Dieu. Il faut maintenant que j’accepte d’aller là où il veut que j’aille et non là où je voudrais aller. Même si c’est difficile, même si cela m’impressionne.

P. N.-D. – Que signifie pour vous être évêque ?

P. M. – Aimer les prêtres, d’abord, qui me sont confiés. Les connaître, me faire connaître d’eux, leur donner des raisons d’espérer y compris dans cette situation ecclésiale très lourde, leur permettre de réussir ce qu’ils peuvent entreprendre en leur donnant les moyens d’y parvenir.

Peut-être vais-je devoir accueillir, en tant qu’évêque, d’autres responsabilités au niveau national ? Peut-être vais-je devoir me former d’un point de vue canonique ou ecclésiologique ? Nous verrons.

P. N.-D. – Vous parlez de « situation ecclésiale très lourde ». En septembre dernier, vous disiez à Paris Notre-Dame (PND n°1733) avoir à cœur de mettre en place, en tant que vicaire général, une collaboration plus proche entre laïcs et prêtres. Est-ce toujours le cas ?

P. M. – Le cléricalisme, pour moi, est un maquillage du sacerdoce. Ce n’est pas le sacerdoce. Le cléricalisme s’aligne sur la morale. Le sacerdoce doit s’aligner sur la capacité de permettre à chacun de se situer par rapport au Christ et par rapport à l’Évangile. Comment lutter contre le cléricalisme ? Peut-être en entretenant une relation fraternelle, et non une relation pyramidale, avec les prêtres et les laïcs ? En écoutant, avec égale justice et justesse, les personnes, quelles qu’elles soient ?

Dans ma lettre au pape que j’ai écrite, mercredi 15 mai, pour lui annoncer que j’acceptais cette mission, j’ai précisé que ma devise épiscopale, puisque je devais en choisir une, serait « C’est le Seigneur ! » (St Jean, 21, 7). Par cette parole, le disciple bien-aimé permet à Pierre de plonger vers le Seigneur. Pour moi, c’est le sens de mon « oui ». Je fais confiance à celui qui m’appelle, le Seigneur, je fais confiance aux intermédiaires qu’il m’a donnés.

Je suis avant tout un pasteur. Il faut donc, je crois, que j’investisse mon futur ministère d’évêque par cette capacité pastorale. Je dois rester naturel. J’espère garder mon humour parce que j’en ai. J’espère garder ma spontanéité parce que je bafouille. J’espère garder l’amour de la Parole de Dieu et la capacité de la commenter parce que c’est ce qui me donne l’envie de vivre. Et j’espère aussi conserver l’amour de cette Église parce qu’elle est toute ma vie.

Je n’ai pas de plan. Je veux continuer à être prêtre mais là où le Seigneur m’emmène ! Je veux rester un être d’unité, ne pas devenir juste DRH.

P. N.-D. – Qu’auriez-vous à dire, aujourd’hui, aux fidèles parisiens ?

P. M. – Deux images récentes me reviennent. D’abord, celle du soir de l’incendie de Notre-Dame. À l’intérieur, tout était dévasté. On ne voyait presque rien sauf cette croix, glorieuse, au fond de la cathédrale. Pour moi, cette image est l’image de l’Église. À l’extérieur, son apparence peut paraître intacte. En entrant dedans, vous vous rendez compte que beaucoup de choses sont brûlées, anéanties. Au fond, il y a la Croix.

L’autre image est celle de la Journée de délivrance et de prière, le 11 mai, à St-Sulpice (6e). Cette journée a rassemblé des personnes profondément blessées, habitées par le mal, et des personnes qui ont prié. Cette douceur, cette beauté de la prière, de l’écoute, des chants, cette présence pacifiante du Saint-Sacrement, ont permis des libérations, des retournements.

Ces deux images constituent pour moi la mission. Notre paix se situe dans le Christ, non dans une institution qu’il faudrait sauver. Et c’est la croix du Seigneur qu’il faut regarder. Non le tas de ruines qui nous sépare, chacun, d’elle. »

Propos recueillis par Isabelle Demangeat


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