« L’unité de l’Église, ce n’est pas l’uniformité »

Le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI promulguait un motu proprio autorisant un usage plus large du missel de saint Jean XXIII, selon la forme tridentine. Dix ans après, quel bilan en tirer ? Réponses avec Mgr Patrick Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris et vicaire épiscopal pour l’usage de la forme extraordinaire du rite romain.

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Mgr Patrick Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris et vicaire épiscopal pour l’usage de la forme extraordinaire du rite romain.
© Céline Marcon

Paris Notre-Dame – Pourquoi le pape Benoît XVI a-t-il souhaité élargir l’usage du missel de 1962 ?

Mgr Patrick Chauvet – Rappelons tout d’abord que, s’il existe deux missels, il n’y a qu’un seul rite, le rite romain. En promulguant ce motu proprio il y a dix ans, le pape Benoît XVI souhaitait que les prêtres puissent célébrer plus largement la messe selon les deux missels existants, celui de saint Jean XXIII (1962), pour la messe dite Tridentine, et celui du bienheureux Paul VI. L’idée du pape n’était pas de privilégier tel ou tel missel, mais bien au contraire, que chacun puisse éclairer l’autre et que les deux missels s’enrichissent mutuellement. Cependant à Paris, l’Église n’a pas attendu ce motu proprio, et cela fait vingt-cinq ans que nous célébrons la messe selon les deux missels, suivant en cela la volonté du cardinal Jean-Marie Lustiger. Et c’est le même prêtre qui célèbre selon l’un ou l’autre des deux missels, afin que les fidèles soient bien conscients que c’est le même rite et la même Église.

P. N.-D. – À quelles conditions un prêtre peut-il célébrer selon le missel de Jean XXIII ?

P. C. – Benoît XVI a demandé notamment à ce qu’il y ait un groupe constitué, afin que ce soit une belle messe. Le prêtre qui célèbre n’a pas à solliciter l’autorisation de l’évêque, mais il doit accepter que la messe selon Paul VI soit aussi valide que la messe traditionnelle, et c’est sans doute une des grandes difficultés rencontrées. Mais à Paris nous avons bien avancé sur ce sujet-là.

P. N.-D. – Comment définir les différentes richesses de ces deux missels ?

P. C. – Je dirai que pour la messe tridentine, c’est d’abord la spiritualité du prêtre, sa dévotion personnelle. Le peuple suit. La messe selon Paul VI est différente : c’est une forme de dialogue pastoral et liturgique avec le peuple de Dieu. Le missel traditionnel permet au prêtre d’intérioriser un peu plus sa façon de célébrer, et la grandeur de celui de Paul VI, c’est la richesse de la parole de Dieu. En effet, dans le lectionnaire de saint Jean XIII, ce sont les mêmes textes qui reviennent chaque année, alors que le missel de Paul VI balaie trois années liturgiques différentes.

P. N.-D. – Quel bilan tirer après dix ans ?

P. C. – Au début, ce motu proprio avait soulevé chez certains la crainte d’un retour en arrière. Dix ans après, ces peurs ont été balayées. Aucun conflit n’a émergé. C’est pour cela que nous célébrerons, le 7 juillet, une messe solennelle d’action de grâce à Notre-Dame [1]. Cette décision a permis de rapprocher du cœur de l’Église les fidèles de la messe tridentine, qui se sentaient parfois un peu marginalisés. Car il faut que chacun accepte que l’unité de l’Église ce n’est pas l’uniformité. Je pense que ce motu proprio a aidé à la réconciliation et a permis de découvrir que si nous sommes tous différents, nous adorons un même Dieu et nous obéissons à un même évêque.

Priscilia de Selve

Plusieurs paroisses parisiennes célèbrent la messe selon les deux missels. Retrouvez la liste et les horaires sur paris.catholique.fr

[1Vendredi 7 juillet à 19h30, en la cathédrale Notre-Dame.

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