Maison Marie-Thérèse : Auprès des prêtres âgés

La Maison Marie-Thérèse, Ehpad parisien accueillant de nombreux prêtres franciliens, lutte, elle aussi, contre la pandémie. Au sein de l’établissement confiné, des initiatives ont jailli pour contrer l’isolement. Et continuer à servir la vie du lieu et ses résidents.

Vue extérieure de la Maison Marie-Thérèse (14e).
Vue extérieure de la Maison Marie-Thérèse (14e).
© Yannick Boschat / Diocèse de Paris

« Chaque jour passé est une petite victoire. Nous nous serrons tous les coudes, de la direction aux équipes bénévoles. » Anne-Charlotte de Maistre est responsable de l’hébergement de la Maison de retraite Marie-Thérèse (14e), Ehpad bien connu des fidèles du diocèse de Paris pour y accueillir quelque 128 résidents, dont de nombreux prêtres âgés des diocèses d’Île-de-France. Ainsi que des membres de familles de clercs.

Face à la crise sanitaire, plusieurs acteurs de cet établissement dépeignent un esprit de fraternité, vécu… un jour après l’autre. En témoigne Virgile Piacentino, qui a répondu à l’appel du diocèse, aux volontaires en capacité de soutenir plusieurs œuvres, dont la Maison Marie-Thérèse. « Dans ce contexte de crise, l’isolement des personnes très âgées m’est apparu presqu’aussi grave que la mort, confie Virgile Piacentino, par ailleurs en formation dans le secteur médico-social. Connaissant les difficultés des établissements de santé, j’ai ressenti le besoin d’aider. » Le point d’ancrage de ce quarantenaire animé : contribuer à servir pour que ces établissements restent des lieux de vie. « Ce qui n’exclut pas de suivre à la lettre le protocole de sécurité sanitaire », précise-t-il. Consignes de l’Agence régionale de santé suivies rigoureusement ici, pour protéger également tout le personnel, en première ligne.

« À ce jour, expose Anne-Charlotte de Maistre, notre rythme de confinement est installé. » Une routine bien rôdée, soutenue par les douze volontaires parisiens formés, prêtant main-forte au personnel de maison et personnel soignant. Car la logistique du confinement est impressionnante. « Tout a dû être repensé », explique la maîtresse de maison. Plus d’activités ni de repas communs, mais une distribution des repas en chambre, pour la plupart des résidents ; une désinfection renforcée partout dans la maison… « Sans ces volontaires, je ne sais pas ce que nous ferions ! Des médecins au personnel paramédical – qui contribue à maintenir le lien entre les résidents et leurs familles – en passant par le personnel de maison, il est important de rester soudés. » Au fil de ces semaines ralenties pour les pensionnaires, un pilier : la messe de 11h30, chaque jour, célébrée à huis-clos par un prêtre résident et diffusée en interne dans chaque chambre… « sans concélébration ni communion possibles, décision douloureuse », glisse Anne-Charlotte de Maistre. Quelques anecdotes illustrent ce quotidien inévitablement « appauvri », mais non moins « habité », comme en témoigne le P. Pierre Mercadier, résident de 95 ans. Il y a cette image marquante du Saint-Sacrement, transporté dans les étages en ce Jeudi saint avec une infinie délicatesse, sur un chariot aménagé par le supérieur de la maison, le P. George Nicholson. Il y a ces mots découverts sur les plateaux-repas de résidents : « Merci » ; « Pardon pour le gâchis ». Il y a, aussi, ce prêtre de 94 ans partant marcher, appuyé sur sa canne, dans le parc ensoleillé. « Il nous a salué d’un grand sourire, en nous souhaitant bon courage », rapporte encore la maîtresse de maison. Quelque 90 bénévoles « hors les murs » se mobilisent aussi. Retraités actifs et jeunes professionnels, ils animaient régulièrement la maison de retraite, avant. Désormais, ils forment une chaîne de veilleurs invisibles mais actifs. « Nous sommes missionnés par la direction, rapporte Christel Giroud, coordinatrice. Dernièrement, c’était la fabrication d’une centaine de sur-blouses pour le personnel. » Les bénévoles se sont également répartis des appels (ou des e-mails) fréquents aux résidents, afin de rompre leur isolement et de maintenir une vigilance, « d’une poignée de store cassée, au moral à remonter. Nous récitons également chaque jour la prière à sainte Geneviève, à l’appel de l’archevêque. »

« Cet Ehpad a quelque chose de différent, témoigne encore Anne-Charlotte de Maistre. Cette espérance chrétienne qui nous porte, même face à la mort, que nous vivons malgré tout comme une naissance au ciel. » Elle remarque : « Nous recevons beaucoup de sagesse de la part des pensionnaires, une forme de consentement, qui n’est pas fataliste. C’est plutôt un recentrement sur l’essentiel. » « Chacun à notre niveau, nous nous en remettons à une forme d’abandon responsable », conclut Virgile Piacentino. Christian Huet, lui, a gardé un contact téléphonique avec son partenaire de tarot, le P. Jacques Picard, 90 ans, avec qui il venait jouer régulièrement, avant le confinement. « Cette relation fraternelle est un cadeau du ciel, s’exclame-t-il. Je ne sais pas, finalement, si c’est moi qui suis au service ou si c’est lui ! Je ressors grandi à chaque échange. »

P. Pierre Mercadier
« Solitaire, mais pas en solitude »

Pensionnaire de 95 ans, l’énergique P. Pierre Mercadier témoigne d’une vie, certes isolée en ces temps de confinement strict, mais « habitée ».

« Résidents âgés à la Maison Marie- Thérèse, les mesures de sécurité sanitaire ont inévitablement réduit nos occasions de sociabilité et d’activités. Pour autant, si je vis en effet plus solitaire qu’auparavant, je n’ai pas le sentiment d’être en solitude, ni abandonné. D’une part parce que même si nos contacts sont très limités avec eux, les bénévoles et le personnel soignant témoignent d’une activité incessante. Nous sommes très conscients et reconnaissants de tout cet investissement. Mais d’autre part, parce que je suis accompagné par le Christ, toujours. Je continue, en ce confinement, d’expérimenter la fidélité accompagnatrice de Dieu. C’est précisément le message pascal, que, à mon sens, nous avons vécu de manière si intense cette année, à travers nos appauvrissements relationnels, matériels… C’est un message d’abandon. Nous tentons, chacun, de vivre l’aujourd’hui de Dieu qui habite notre isolement. C’est le “vient et va” de Dieu : Il vient par sa tendresse et nous envoie dans la confiance. En ces temps compliqués pour beaucoup de personnes enfermées, isolées, l’Esprit saint est capable de susciter en nous, un élan correspondant authentiquement à chacun. Si je remets ma vie entre les mains de Dieu, lui-même va me nourrir. Il en prendra l’initiative, il viendra. »

Par Laurence Faure @LauFaur

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