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Marie, mère de miséricorde

« Marie est mère de miséricorde car elle est mère de celui qui est la miséricorde, Jésus. C’est donc bien elle qui, en nous donnant son fils, nous donne la miséricorde de Dieu. »

Paris Notre-Dame – Le mois de mai est traditionnellement dédié à Marie, souvent appelée Mère de miséricorde. D’où vient cette expression ?

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Le Père Guillaume de Menthière, curé de N-D de l’Assomption de Passy (16e), est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la vierge Marie.
© Véronique Westerloppe

P. Guillaume de Menthière – Elle se trouve dans le Salve Regina « Salve Regína, Mater misericordiæ ». Ce chant est ancien et c’est saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) qui aurait ajouté les derniers mots « ô clemens, ô pia, ô dulcis Virgo Maria ». Marie est mère de miséricorde car elle est mère de celui qui est la miséricorde, Jésus. C’est donc bien elle qui, en nous donnant son fils, nous donne la miséricorde de Dieu.

P. N.-D. – Dans sa bulle d’indiction, le pape François écrit « Marie atteste que la miséricorde du Fils de Dieu n’a pas de limite et rejoint tout un chacun sans exclure personne ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

P. G. M. – Marie est Theo tokos, qui peut se traduire par « Mère de Dieu ». Mais l’expression grecque est plus proche de sa traduction latine Dei genitrix, génitrice de Dieu. C’est un terme d’un réalisme qu’on perçoit moins avec la traduction française. Jésus, miséricorde de Dieu, est le fruit des entrailles de Marie. Or le mot miséricorde, en hébreu comme en grec, est de la même racine que le mot qui désigne les entrailles maternelles. Marie, en acceptant d’être la mère du Seigneur, prononce son « oui » au nom de toute l’humanité. Finalement, nous n’aurons qu’une chose à faire si nous escomptons une destinée éternelle, c’est dire « oui » à cette miséricorde de Dieu, comme Marie a dit « oui ».

P. N.-D. – Comment Marie a-t-elle pu faire l’expérience de la miséricorde de Dieu, elle qui est née immaculée ?

P. G. M. – Justement, Marie est aussi mère de miséricorde parce qu’elle est la plus parfaite bénéficiaire de la miséricorde de Dieu. C’est un point fondamental, difficile à comprendre et qui a retardé la définition du dogme de l’Immaculée Conception. Pendant des siècles, de grands théologiens ont pensé que Marie, ayant bénéficié de la miséricorde divine, devait avoir été atteinte, elle aussi, par le péché originel, ne serait-ce que furtivement. Mais il y a deux manières pour Dieu de faire miséricorde : une curative – Dieu nous pardonne nos péchés, mais une plus belle encore, préventive – Dieu nous préserve de pécher. La miséricorde de Dieu n’a pas lavé Marie de ses péchés, elle l’a préservée de tout péché. Marie n’est pas blanchie, elle est blanche. C’est pourquoi le concile Vatican II dit de Marie qu’elle est rachetée de la manière la plus sublime.

P. N.-D. – Marie ne veille pas juste sur nous, elle marche avec nous ?

P. G. M. – C’est une inflexion nouvelle donnée par Jean-Paul II après Vatican II. Le concile a insisté sur le pèlerinage de la foi de Marie, expression commentée abondamment par Jean Paul II dans son encyclique Redemptoris Mater. Il y a là un changement d’inflexion pour la mariologie. Jusque-là, on voyait Marie comme un être intermédiaire entre Dieu et nous. Elle était l’aqueduc, l’échelle, la médiatrice auprès de l’unique médiateur, Jésus. Sans nier cela, le concile souligne que Marie vit de foi, elle est disciple de Jésus et elle marche avec nous. Nous sommes passés du per Mariam au cum Maria. On ne va pas simplement à Jésus par Marie mais aussi avec elle. • Propos recueillis par Priscilia de Selve

P. Guillaume de Menthière, Marie de Nazareth, récit, Mame, 2014, 229 pages.

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