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“Le don de la miséricorde”

Paris Notre-Dame – Les éditions Parole et Silence publient un nouveau recueil de textes inédits de Mgr Jean-Marie Lustiger, consacré au don de la miséricorde ou sacrement de réconciliation. La miséricorde y est présentée comme un don, car pour pardonner à autrui et enrayer l’implacable mécanique de la vengeance, il faut d’abord avoir reçu ce pardon de Dieu. Cela veut-il dire qu’on ne peut pardonner à quelqu’un sans avoir avoir été pardonné au préalable ?

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Anne-Marie Pelletier, docteur en science des religions, enseignante au Collège des Bernardins.
© D. R.

Anne-Marie Pelletier – Le livre du cardinal Lustiger a le grand mérite d’encadrer ses enseignements sur le sacrement de réconciliation par deux textes qui nous font contempler dans toutes ses dimensions « le don de la miséricorde ». Un préalable capital. Bien sûr, nous avons tous une idée du pardon, à la mesure de nos capacités humaines. Tant bien que mal, nous essayons d’oublier les blessures vécues ou causées. Le pardon de Dieu est tout autre chose : il est guérison totale, recréation. Ce pardon-là, nous ne pouvons que le recevoir de plus loin que nous. C’est pourquoi, nous-mêmes ne pouvons pardonner qu’en puisant dans cette force de Dieu. « Pardonne-nous... comme nous pardonnons... » Nous sommes des pécheurs que Dieu a relevés et rendus à la vie. C’est le secret de notre joie et la source du vrai pardon dont nous sommes les intendants.

P. N.-D. – Le pardon est-il la seule réponse au mal ? Serait-il la clé du Royaume de Dieu ?

A.-M. P. – Il nous faut bien admettre que le mal, en nous et autour de nous, ne se combat pas avec des armes simplement humaines. Il y a un excès du mal qui nous laisse sans voix et qui nous fait implorer : « Délivre-nous du mal. » Le pape François le rappelle : seul Dieu a la réponse, et elle s’appelle miséricorde. Si le pardon est bien cela, cette puissance de vie et d’amour qui fait que le Christ sort vainqueur de la Passion, alors oui, le Royaume de Dieu est bien ce monde nouveau dont les Écritures portent l’espérance. N’oublions pas : la grande singularité chrétienne, c’est l’amour des ennemis, que le Christ nous commande et qu’il a vécu pour nous avec ses fruits de résurrection. Folie ? Humainement, oui. Mais folie divine, qui est seule à la hauteur de l’excès du mal, parce qu’elle est un excès d’amour plus excessif que le mal.

P. N.-D. – Le baptême ne nous a-t-il pas libérés du péché ?

A.-M. P. – La question résonne comme une objection, quand nous butons sur le retour de nos faiblesses, de confession en confession. Notre baptême est-il vraiment une puissance de conversion dans nos vies ? De fait, la grâce de notre baptême n’agit pas magiquement. Elle nous donne bien en partage la plénitude de la vie de Dieu, dans ce qui est nouvelle naissance. Mais cet acte tout puissant de Dieu n’existe qu’en se déployant dans notre humanité présente, avec ses lenteurs, ses résistances, nos refus possibles du don de Dieu. Le cardinal Lustiger évoque cette réalité en parlant d’un long travail de germination et de purification. La concrétisation plénière de notre baptême est l’œuvre d’une vie. C’est ainsi que nous pourrons grandir sur le chemin de la sainteté, notre vocation. Et être signe pour notre monde que tout est sauvable, puisque tout est sauvé, déjà, dans le Christ. • Propos recueillis par Priscilia de Selve

Le Don de la miséricorde, recueil de textes de Mgr Jean-Marie Lustiger. Éd. Parole et Silence.

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