« Redécouvrir la splendeur humaine »

« Vêtir ceux qui sont nus » est une des œuvres de miséricorde que le pape incite à vivre durant cette année jubilaire. Le P. Matthieu Villemot, vicaire à St-Honoré d’Eylau (16e) et professeur de philosophie au Collège des Bernardins, nous invite à redécouvrir l’importance du vêtement dans la dignité de la personne humaine

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Saint Martin déchirant son manteau, vitrail de St-Séverin - St-Nicolas (5e).
© Pierre-Louis Lensel

Paris Notre-Dame : Que nous dit le vêtement sur la personne humaine ?

P. Matthieu Villemot – Au-delà de protéger d’une agression, du froid ou de la pluie, le vêtement a de très nombreuses utilités et significations profondes qui participent à la dignité humaine. Par exemple, il protège la pudeur et il identifie : il dit quelque chose de ce que je suis, de ma fonction (à travers un uniforme notamment), de mon métier, éventuellement de mon histoire (à travers des médailles) ; il peut indiquer une classe sociale, par sa valeur marchande ou le phénomène de mode, ou encore certaines opinions (le sweat d’une manifestation). Il y a ainsi un look « intello rive-gauche » tout comme un look « jeune de banlieue ». Il faut que je puisse me reconnaître dans mes vêtements qui, en ce sens, construisent et expriment l’identité de ma personne. Je ne choisis pas mon corps mais je choisis mes habits qui engendrent un rapport de liberté au corps. Par ailleurs, en constituant une interface entre mon corps individuel et le corps social (ma famille, ma classe, mon environnement, etc.), les vêtements socialisent. Ils aident à s’intégrer dans le groupe en acceptant les normes de ce groupe.

P. N.-D. : Que sous-entend alors « vêtir ceux qui sont nus » ?

P. M. V. – Cela veut d’abord dire qu’il est urgent de donner un vêtement à la personne mal vêtue tout en veillant aux autres dimensions que nous avons évoquées. Ainsi, il faut aider la personne qui vit dans la rue à accepter qu’elle aura moins de choix pour se vêtir, tout en sachant accueillir, avec délicatesse, ses éventuelles réactions de rejet ou de déception. Il est également important, avec les moyens du bord, de l’aider à reconstruire une véritable image d’elle-même et l’image que nous avons d’elle ; de travailler à la laisser choisir, et d’être à l’écoute de ses préférences.

P. N.-D. : Comment vivre alors, concrètement, cette œuvre de miséricorde ?

P. M. V. – En essayant de trouver le juste équilibre entre une surconsommation pour coller à la mode, et une indifférence totale vis-à-vis de la manière de se vêtir, qui peut parfois être de l’arrogance. Cette œuvre de miséricorde invite, dans une époque où les hommes ont violemment la tentation de se détester et de se considérer comme des déchets, à réapprendre sa propre valeur, à redécouvrir la splendeur humaine, à redécouvrir que le corps humain est beau par lui-même même s’il a le droit de s’embellir. Elle incite en ce sens à se regarder dans les yeux du Christ qui a un regard qui guérit, qui rhabille. Et invite à redécouvrir sa propre splendeur dans les yeux du Christ. • Propos recueillis par Isabelle Demangeat

Témoignage

Marie-Noëlle, bénévole au vestiaire de St-Dominique (14e)
« Trouver des vêtements qui conviennent à ce qu’est la personne »

« Au vestiaire de St-Dominique (14e) nous prenons soin, dans la mesure où cela est possible en fonction des dons qui nous sont faits, de trier les vêtements quand nous les recevons : nous mettons de côté les habits auxquels il manque un bouton, les pantalons déchirés ; nous faisons très attention à ce qu’il n’y ait pas de taches et mettons bien en valeur les étiquettes des habits qui nous arrivent neufs. Nous essayons ensuite que les personnes, reçues l’une après l’autre, puissent choisir leurs vêtements tout en prenant soin que les couleurs soient coordonnées et que les coupes soient ajustées. Nous prenons également en compte l’origine culturelle de la personne et ses propres goûts. En effet, notre volonté n’est pas de lui coller un look qui ne lui serait pas adapté, mais de lui trouver des vêtements qui lui conviennent, qui correspondent à ce qu’elle est. Et nous mesurons notre réussite à la largeur du sourire des personnes quand elles repartent ! » • Propos recueillis par I. D.

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