Du pain, du vin et des abeilles, ou la Bonne Nouvelle de la terre

C’est le thème de la deuxième conférence de Carême, qui se tiendra dimanche 25 février à la cathédrale Notre-Dame, à 16h30. Comme pour la première conférence, Paris Notre-Dame a demandé à leur coordinateur, Fabrice Hadjadj, de commenter une image qui introduise son propos. Cette fois, le philosophe a choisi un rouleau d’enluminures faisant référence à Pâques.

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Le rouleau Exultet Barberini comprend plusieurs enluminures, des commentaires de celles-ci, et des indications musicales en référence à Pâques. Il est daté d’environ 1087. Ici, des apiculteurs ouvrent une ruche en bois suspendue, et y récoltent pains de cire et miel. Le texte sous l’enluminure en fait l’éloge.
© [2018] Bibliothèque Vaticane, Barb. lat. 592.

Lors de la vigile pascale, à la lueur des bougies, le diacre se met à l’ambon pour entonner ce chant de l’Exultet qui déclare la nuit bienheureuse. Jadis il le lisait sur un large rouleau enluminé d’images peintes à l’envers. À mesure qu’avançait la prière, il le déroulait en le laissant pendre devant lui, et l’image paraissait à l’endroit aux yeux des fidèles. Elle correspondait à la strophe qu’il était en train de chanter. Elle s’animait sous le vacillement des flammes. C’était le premier cinématographe, et bien mieux que la future 3D ou 4Dx, car on était réellement pris dans cette histoire, qui reste celle de notre Salut.

Sur un de ces rouleaux conservés à la Bibliothèque Vaticane, on peut voir des apiculteurs qui recueillent un essaim sauvage pour le placer dans une ruche tandis que d’autres ouvrent des casiers et récoltent de la cire et du miel. La légende sous l’enluminure fait l’éloge des abeilles. Pourquoi ces mouches au cœur même de la Résurrection ? N’y aurait-il pas lieu de célébrer les anges plutôt que les insectes ?

C’est ce que pensent volontiers beaucoup de « spirituels » qui méconnaissent l’amplitude du mystère de l’Incarnation. Ils oublient que les sacrements ont une matière. Ils ne voient pas que la lumière du cierge pascal suppose la cire des abeilles, petites bêtes essentielles à la Terre promise, sans lesquelles le pays ne saurait être ruisselant de miel. Ces « spirituels » ne s’inquiètent pas de leur extinction. Ils estiment que l’on peut aussi bien confier la manifestation sensible de la Lumière salvatrice à la paraffine issue du pétrole, ou aux centrales nucléaires. C’est contre eux – ou plutôt pour eux – que le pape François parle d’écologie intégrale. Il leur rappelle que le pain, le vin, les lumières du culte, exigent la culture de la terre.

Fabrice Hadjadj

Prochaines conférences
Du pain, du vin et des abeilles, ou la Bonne Nouvelle de la terre
Par Fabrice Hadjadj, écrivain et philosophe.
Dimanche 25 février, à 16h30, à Notre-Dame de Paris.

Et le Verbe s’est fait charpentier, ou la Bonne Nouvelle de nos mains
Par Fabrice Hadjadj, écrivain et philosophe.
Dimanche 4 mars, à 16h30, à Notre-Dame de Paris.

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