Et le Verbe s’est fait charpentier, ou la Bonne Nouvelle de nos mains

C’est le thème de la troisième conférence de Carême, qui se tiendra ce dimanche 4 mars à la cathédrale Notre-Dame, à 16h30. Pour introduire chacune de ces conférences, Paris Notre-Dame a demandé à leur coordinateur, Fabrice Hadjadj, de commenter une image qui introduise son propos. Cette fois, le philosophe a choisi un tableau d’un maître flamand.

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Enfance du Christ, de Gerrit van Honthorst, 1620, huile sur toile. Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg (Russie).
© The State Hermitage Museum / Vladimir Terebenin

Gerrit van Honthorst est un peintre flamand plus connu sous le nom de « Gérard de la Nuit ». Contemporain de Georges de la Tour, il s’inscrit comme lui dans la suite du Caravage, prônant le réalisme de la lumière et des ombres, de la chair et du geste : le visage n’est pas sans ride, les doigts ont des tendons pour prendre, la clarté ne vient pas d’un éclairage abstrait mais d’un foyer de matière qui brûle…

Ici, de gauche à droite, s’opère toute une déclinaison de mains, qui commence avec la droite du père – fermée sur un marteau arrache-clou sur le point de cogner – et qui s’achève avec celle du second ange, ouverte, libre, comme en suspens. Entre les deux, il y a la gauche de Joseph, tenant l’ébauchoir vers le bas, à quoi répond la gauche de Jésus enfant, tenant vers le haut la chandelle ; puis il y a la droite de Jésus en retrait, plongée dans l’ombre, ne signifiant rien, comme retranchée dans l’inutilité du mystère, tandis que le premier ange, pour sa part, indique utilement de sa main gauche à la fois le jeune Messie, la flamme et le travail du charpentier. Ses ailes sont perdues dans l’ombre, celles de son camarade sont carrément hors cadre. C’est que, pour la santé de notre esprit, ce ne sont pas nos ailes qui importent, mais nos mains.

Le Verbe de Dieu, venant dans le monde, ne se fit pas philosophe, ni théologien, ni même prêtre de profession. Il s’est fait charpentier. Il a vu son père travailler le bois et il a lui-même travaillé le bois avant que le bois ne le travaille lui-même, quand le bruit de marteaux sans arrache-clou retentit sur le Golgotha. Cette formation du Fils n’est-elle qu’anecdotique ? Y a-t-il un rapport intime entre ce travail manuel et la mission de l’Emmanuel ? À une époque où le digital nous fait perdre l’usage de nos doigts, il est urgent de se le demander.

Fabrice Hadjadj

Prochaines conférences

Et le Verbe s’est fait charpentier, ou la Bonne Nouvelle de nos mains
Par Fabrice Hadjadj, écrivain et philosophe.
Dimanche 4 mars, à 16h30, à Notre-Dame de Paris.

Petite élévation au-dessous de la ceinture, ou la Bonne Nouvelle des sexes
Par Fabrice Hadjadj, écrivain et philosophe.
Dimanche 11 mars, à 16h30, à Notre-Dame de Paris.

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