Pourquoi des conférences de Carême à l’ère de l’intelligence artificielle ?

C’est le thème de la première conférence de Carême qui se tiendra ce dimanche 18 février, en la cathédrale Notre-Dame, à 16h30. Pour introduire chacune de ces interventions, Paris Notre-Dame a demandé à leur coordinateur, Fabrice Hadjadj, de commenter chaque semaine une image qui décrypte son propos. Pour illustrer cette première conférence, le philosophe a choisi un robot.

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Le petit robot « God-Jesus » fut mis sur le marché au Japon en 1985.
© Theoldrobots.com/Bandai

Le petit robot « God-Jesus » fut mis sur le marché au Japon en 1985. Il existe en bleu ou en rose. Il tient un crucifix, hoche la tête, roule vers vous au claquement de vos mains et répond à toutes vos ques-tions (comme un archevêque idéal). Ses réponses sont certes limitées à une vingtaine de phrases qui vont de « Oui absolument » à « Impossible », en passant par « Réessaye plus tard », produites par une aigre petite voix synthétique ; mais il ne faut pas être trop difficile quand vous demandez qu’on vous simplifie la vie.

Je ne doute pas qu’un tel robot corresponde au rêve de certains fidèles – et de certains prédicateurs. N’est-ce pas déjà le rêve de nombreux pédagogues ? J’en connais plusieurs qui travaillent à la fabrication de chatbots (traduisez par « agents conversationnels ») afin de donner aux élèves des contenus de savoir très exacts, et de ne plus passer par les maladresses et les états d’âmes d’un professeur en chair et en os. Ainsi pourrait-on avoir mieux qu’un conférencier de Carême : un super-algorithme, gérant les données des auditeurs et pouvant envoyer à chacun le message adapté pour l’attirer irrésistiblement au Christ…

Il est à craindre, toutefois, qu’une telle efficience confonde conversion et connexion. L’efficacité de l’apôtre est d’une autre nature. Elle relève de la culture et de la rencontre plutôt que de l’ingénierie et du résultat. Si l’on en croit Jésus, une prédication juste et efficace doit conduire une majorité de vos auditeurs à vous crucifier. Loin de contrôler la liberté d’autrui, elle la cultive, et lui laisse toujours la possibilité de dire non. D’ailleurs, nous ne manquons pas de dire non, à un moment donné – soit comme Judas, soit comme saint Pierre. Et Dieu fasse que nous tombions dans les reniements de Pierre plutôt que dans le baiser de Judas ! Fabrice Hadjadj

Prochaine conférence
Du pain, du vin et des abeilles, ou la Bonne Nouvelle de la terre
Par Fabrice Hadjadj, écrivain et philosophe.
Dimanche 25 février, à 16h30, à Notre-Dame de Paris.

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